Alors que certains étudiants amorcent leur septième semaine de grève générale et que les perturbations économiques font rage à travers le Québec pour protester contre la hausse des frais de scolarité, la résolution de ce conflit semble bien loin à l’horizon. Il est important de préciser qu’il y a en ce moment deux débats sur la place publique, l’un portant sur la qualité de la gestion des universités et l’autre sur les sources de financement de ces institutions. Je m’intéresse ici au deuxième et apporte une possible solution plus tard dans ce texte.
Note: je parle dans ce texte de gratuité scolaire. Que ce soit bien clair, ce concept n’est pas l’élément central de ce texte. L’élément le plus important est l’alternative que je propose à la hausse, soit la taxe de scolarité.
Il semble, si on simplifie le débat, que nous ayons affaire à un conflit entre la gauche et la droite (bien que quelques exceptions existent), et que tant que l’on ne trouvera pas un moyen de faire cohabiter ces deux idéologies, le débat est condamné à s’éterniser.
Tout d’abord, j’aimerais donner mon opinion sur cette hausse: je pense qu’elle est, comme l’ensemble des frais de scolarité, injuste. Pour le démontrer, j’aimerais utiliser le vocabulaire des pro-hausses. Ceux-ci répètent sans cesse que l’éducation, bien avant de profiter à la collectivité, est un investissement en la personne du diplômé. Et bien, en général, lorsqu’on fait un investissement, comme dans un REER, plus le capital de départ est grand, plus les profits sont grands. Dans le cas des frais de scolarité, le capital de départ est environ le même pour tous, alors que les salaires qui en résultent vont du chômage à la haute bourgeoisie. Cet investissement est donc injuste.
D’autant plus, ne nous le cachons pas, les frais de scolarité sont une taxe, et au Québec, nous avons déjà décidé que les taxes devaient prendre en compte la capacité du contribuable de payer (bien que cette valeur est en voie de disparition avec la taxe santé), ce que ne font pas et ne feront jamais les frais de scolarité, peu importe le système de prêts et bourses, qui est condamné à l’imperfection. C’est pourquoi je m’oppose à la hausse d’une taxe qui, par sa nature, est injuste.
On pourrait me répondre que les frais de scolarité seraient plus équitables s’ils étaient plus grands pour les programmes plus payants (médecine, pharmacie, génie) et plus petits pour les programmes moins payants (sciences sociales, arts). Cette mesure permettrait même d’éviter une hausse des frais de scolarité. Cette alternative est mauvaise pour plusieurs raisons. Premièrement, il est impossible de connaître le futur salaire d’un étudiant au moment de son entrée à l’université. On ne peut se fier aux moyennes des salaires des diplômés d’un programme, car elles ne permettent pas de considérer chaque cas individuellement. Un musicien peut très bien devenir riche et célèbre alors qu’un médecin peut bien décider de faire de l’aide humanitaire toute sa vie et ainsi travailler presque bénévolement. Deuxièmement, il est bien évident qu’une telle mesure restreindrait l’accès aux métiers payants aux gens qui sont déjà nantis. Cette mesure contribuerait donc à éloigner les plus pauvres des emplois payants, ce qui est profondément immoral. Troisièmement, les diplômés de programmes "payants" seraient poussés, en raison de leur plus grande dette, à choisir des emplois mieux rémunérés plutôt que des emplois qu’ils jugent intéressants, ce qui va, à mon avis, à l’encontre de bien des règles fondamentales. De plus, cela encouragerait la privatisation du système de santé.
Alors, que faire? Il semble que le seul moment où l’on puisse réellement savoir le salaire d’un diplômé, c’est à son entrée sur le marché du travail. Il en convient donc de la faire payer une fois qu’il a trouvé un emploi, et ce, à la hauteur de son revenu. Certains diront que l’impôt sur le revenu fait déjà cela, et donc, que le diplômé fera sa juste contribution au système d’éducation en s’acquittant tout simplement de son fardeau fiscal. Il me semble que ce soit l’option la plus juste; et pourtant, ce n’est pas celle que je propose.
Pour venir à bout de ce conflit, il est important de faire un compromis qui rejoint les gens plus, si on veut, de droite et qui arborent l’idéologie d’utilisateur-payeur. Comment pouvons intégrer ce principe à la solution purement socialiste déjà proposée? Nous pourrions ajouter une sorte de taxe de scolarité. Par exemple, nous pourrions décider qu’un crédit universitaire vaut, et je donne ici des nombres complètement arbitraires, 0,1% du salaire d’un diplômé pendant les cinq années suivant son arrivée sur le marché du travail. Pour reprendre le vocabulaire des pro-hausses, chaque diplômé devrait payer des redevances sur l’investissement fait par l’État en sa propre personne, et ce, et c’est le point le plus important, à la hauteur des "profits" générés par l’investissement. Il s’agit ici d’une solution qui permettrait d’éviter la hausse des frais de scolarité, et même d’instaurer la gratuité à long terme, tout en maintenant le principe d’utilisateur-payeur. Ce paradoxe n’est-il pas merveilleux?
Bien sûr, une telle mesure amènerait son lot de dilemmes à régler. Quand définit-on l’arrivée d’un diplômé sur le marché du travail? Que faire si l’étudiant devient chômeur? Que faire si le diplômé part travailler à l’étranger? Devrait-on mettre des paliers, comme pour l’impôt sur le revenu, à la taxe de scolarité? Quel devrait être le pourcentage de cette taxe? Combien de temps devrait un diplômé la payer? Toutes ces questions, je le les laisse entre les mains de gens qui sont beaucoup plus compétents que moi pour y répondre.
J’amène aussi un bémol. Il me semble injuste que les gens qui doivent se rendre à l’université pour pouvoir exercer le métier de leur choix doivent payer alors que les gens qui font une technique n’ont pas à débourser, et ce parce que nous avons décidé, presque arbitrairement, que leur programme se donnait au Cégep. Tout de même, c’est un compromis que je pense nécessaire. Et que ce soit clair, je ne veux pas retirer la gratuité des Cégeps!
J’ai parlé plus tôt de gratuité scolaire. On dit souvent que celle-ci est impossible, car il y aurait alors trop de gens dans les universités et que nous manquerions alors de main-d’oeuvre non spécialisée. Aussi, on fait souvent l’analogie avec les thérapies: une thérapie pour laquelle le patient a payé est beaucoup plus efficace qu’une thérapie gratuite. Alors, comment s’assurer que l’étudiant comprenne la valeur de son éducation s’il l’obtient gratuitement? À ces deux problèmes, une solution commune: augmenter les exigences académiques. Cela ne veut pas nécessairement dire de mettre des examens plus durs, mais simplement de cesser de niveler vers le bas. Qu’on cesse de descendre les exigences au niveau des élèves et qu’on encourage ceux-ci à les atteindre au niveau où elles sont présentement, car après tout, l’université doit préparer les étudiants à la réalité du marché du travail.
Cette mesure règlerait le premier problème. En posant ce dernier, celui de la congestion des universités qui adviendrait si la gratuité était mise en place, on admet qu’il y a, en ce moment, une sélection qui se fait en fonction des capacités financières de l’étudiant potentiel, ce dont je doute fortement. Tout de même, en admettant que cela est vrai, un tel système, qui serait nécessairement éradiqué par la gratuité, serait remplacé par une sélection en fonction du mérite et de l’effort qui résulterait de hautes exigences académiques. Il me semble qu’il s’agit d’un système plus juste.
Cette mesure règlerait aussi le deuxième problème, celui de la perte de conscientisation face à la valeur de l’éducation. Ce problème serait réglé, car l’élève continuerait de payer pour ses études:il les payerait de son temps libre, de ses vendredis soirs, de son sommeil, et serait ainsi conscientisé de la valeur de son éducation. Seulement, au lieu d’utiliser son temps libre pour payer ses études au salaire minimum, il l’utiliserait pour enrichir son savoir, et donc, notre société tout entière. Ajoutons aussi que cette conscientisation a une origine bien plus culturelle qu’économique.
Bien que j’aurais des tonnes d’autres choses à dire sur cette taxe de scolarité, je pense qu’il serait plus pertinent de maintenant entendre les commentaires de tous, car ce n’est que par la collaboration que nous pouvons la parfaire. Nous pourrions aussi la rejeter complètement, si jamais j’avais tort sur toute la ligne. Je sais bien que ma proposition ne satisfera pas tout le monde, certains n’aiment pas les compromis, mais que voulez-vous, j’aimerais bien retourner à mes cours!
À faire réfléchir les plus "verts"! Très bon billet François!
François
Ton billet me rejoint, et ce malgré ma position de droite depuis le début.Je vais le faire circuler à mes contacts.
Fière de ta solution, en vieillissant la solution du compromis sera toujours la meilleure.
Hélène
Merci à vous deux.
Je suis sensiblement en accord avec l’ensemble des points. Je veux quand même renchérir un élément que tu as mentionné: la gratuité.
Il est à mon avis très clair que la société quasi-complète n’a aucune valeur de tout ce qui nous entoure. En ce sens les étudiants doivent savoir que l’éducation est dispendieuse. Comment payer sans payer ??? Où comment repayer ???
Je suis très sensible à ta notion d’arrêter de niveller par le bas ( surtout pour l’effort ).
Il faut que tous comprennent que nous avons des droits et des devoirs… du plus jeune au plus vieux..
Charles Bossé
Merci du commentaire. Je me rends compte que j’ai fait de la gratuité l’élément central de mon texte, ce qui n’était absolument pas mon but. Je voulais plutôt proposer une alternative à la hausse des frais de scolarité, qui pourrait, à long terme, mener à la gratuité scolaire. Je suis très d’accord que beaucoup de gens (et d’étudiants) n’ont pas conscience de la valeur de leur éducation. C’est pourquoi je propose de les faire payer de leur temps libre. Aller à l’université, ça doit être difficile.